Sonorités

Une ballade pour Willy Wolf

Le groupe nantais La Route des Airs offrent en 2025 un bel hommage à Willy Wolf, l’homme qui plongea du pont transbordeur cent ans plus tôt.

Nantes aura vivement célébré Willy Wolf en 2025, cent ans après le plongeon fatal de l’intéressé, survenu le 31 mai 1925. Willy Wolf est une figure emblématique de la ville de Nantes, un jeune homme un peu casse-cou qui tenta un plongeon d’une hauteur de cinquante-cinq mètres à partir du Pont transbordeur de Nantes, mais qui y trouva la mort devant une foule nombreuse. 

Suspendu au pont transbordeur, grisé par la foule de curieux

Julien Lozelli et Stéphane Pajot publient sur Willy Wolf un ouvrage aux éditions La Geste, après un important travail de recherche sur ce personnage méconnu. En fin d’année, le groupe La Route des Airs compose une ballade dédiée au plongeur de la mort.

Willy Wolf était d’origine polonaise. La Grande guerre l’avait conduit dans l’hexagone, et il s’était installé à Nantes après avoir trouvé un travail d’ajusteur à l’usine des Batignolles. Mais le jeune homme aimait par-dessus tout les acrobaties sur les trapèzes. Il avait passé son enfance dans les cirques et rêvait de vivre de son art. Il avait le projet de traverser l’Atlantique et de travailler dans le cinéma. 

C’était aussi un très bon plongeur. A Rouen, en mars 1925, il avait réussi un plongeon d’une hauteur de cinquante-cinq mètres, à partir d’un pont transbordeur. Cet exploit avait accru sa célébrité et il rêvait de le réaliser chez lui, à Nantes. Mais la municipalité nantaise ne lui donna pas l’autorisation. 

Des milliers de curieux toutefois s’étaient réunis autour du Pont transbordeur de Nantes, le 31 mai 1925, où le trapéziste fit quelques numéros acrobatiques perché sur le pont. Bien que le plongeon n’était pas prévu au programme, la foule réclamait l’exploit, et Willy Wolf n’aimait rien tant que faire plaisir à son public. La tentative lui fut fatale. 

Tu l’as eu, ton heure de gloire, la Loire gardera ta mémoire

Depuis lors, Willy Wolf est resté présent dans l’imaginaire nantais. Il figure deux fois sur le fameux Mur tombé du ciel où sont rassemblés de nombreux personnages emblématiques de la ville. Stéphane Pajot et le dessinateur JC Kiarkk ont signé une BD de cinq pages pour le docu-BD consacré à l’histoire de Nantes publié aux éditions Petit à Petit. 

La Route des Airs est un groupe nantais dont la musique folk privilégie les instruments acoustiques (cajon, contrebasse, accordéon, clarinette, guitare). Ils sont responsable de plusieurs albums où il est souvent question de Nantes. Le premier, publié en 2017, s’appelle tout bonnement “Ballade d’un Nantais”. Deux autres sont sortis, dont “Racines” en 2022, où le morceau d’ouverture s’appelle “Nantes”. Comme Barbara, comme Beirut, comme Lame…

Leur nouveau titre “Willy Wolf” paru en novembre 2025 s’inscrit dans ce registre d’inspiration nantaise. Il faut toutefois aller tourner le clip à Rochefort, ou le pont transbordeur du Martrou est le dernier encore en fonction dans l’hexagone. Il a été classé monument historique en 1976 et ne peut donc plus être détruit, contrairement à celui de Nantes disparu en 1958.

Dans le clip, le chanteur de la Route des Airs porte le fameux tee-shirt noir au motif pirate avec lequel Willy Wolf faisait ses exhibitions. Il livre une ballade qui perpétue la mémoire de “l’homme qui va mourir”. C’est beau et c’est émouvant.