Le magazine Persona a publié en janvier 2026 un hors-série consacré à l’album Pornography de The Cure, venant compléter deux premiers opus paru précédemment, concernant Seventeen Seconds et Faith.
Entre 1980 et 1982, The Cure a publié coup sur coup trois albums majeurs qui ont profondément marqué notre histoire. Le rock anglais se relevait à peine de la baffe administrée par l’irruption du punk qu’il vit apparaître quelques groupes qui affichaient leur révolte de manière moins directe, plus élaborée. On leur attribua, faute de mieux, le qualificatif de post-punk, puis de new-wave, en sachant que ces termes assez vagues (sans jeu de mot) regroupait un panel assez large de sonorités.
Virage mélancolique
Dans ses premières années, The Cure avait sorti quelques singles et un premier album, produisant une sorte de pop-rock énervée, intrigante et traversée de nombreuses fulgurances. Le groupe de Crawley avait même pondu une pop-song quasi-parfaite, Boys don’t cry, et semblait lancé dans une carrière de groupe pop à succès. Mais l’histoire a voulu que Robert Smith et ses acolytes prennent ensuite un virage plus mélancolique, plus baudelairien, pour se construire une identité propre et composer une suite d’albums qui rompait nettement avec les ambitions de départ.
Seventeen Seconds, publié en avril 1980, fut une première rupture. Le groupe n’était déjà plus le même que celui du premier album. Le remplacement du bassiste Michael Dempsey par Simon Gallup et l’intégration d’un clavier, Matthieu Hartley, modifiait considérablement la composition du groupe. Si Mike Hedges restait à la console, celui-ci s’impliquait parfaitement dans la voie donnée par Robert Smith, celle d’une musique aux atmosphères nocturnes et mélancoliques.
Un an plus tard, Faith poursuit l’exploration initiée par Seventeen Seconds. Le groupe (revenu à un trio après le départ de Hartley), emmène sa musique dans des contrées plus brumeuses et quasi-mystiques. The Cure et Mike Hedges poursuivent leur collaboration avec le single Charlotte Sometimes, puis mettent fin à celle-ci. Pour l’album suivant, le groupe fait appel au jeune Phil Thornalley. Le disque sort en mai 1982. Avec Pornography, The Cure passe de la tristesse à la colère.
Seventeen Seconds, Faith et Pornography. Ces trois albums, bien que différents, sont considérés comme une trilogie. Non pas par le groupe, qui ne les a jamais conçu avec cet objectif, mais par la presse et les fans, qui y voient une indéniable cohérence d’ensemble, avec un début et une fin. Cette fin est marquée par une bagarre entre Robert Smith et Simon Gallup, en pleine tournée, qui a conduit à la dissolution du groupe, du moins sa première version.
Trilogie de papier
Le magazine Persona a publié, entre juin 2021 et janvier 2026, trois hors-série sous forme de cahiers en format A5, chacun étant consacré à un album de la trilogie. Le numéro #01 consacré à Seventeen Seconds regroupe sur une quarantaine de pages plusieurs articles qui reviennent sur la genèse de l’album, sa conception et la tournée qui a suivi. Il se termine par les confidences de la journaliste Lydie Barbarian, biographe du groupe, et une interview du groupe And Also The Trees, fans de la première heure.
Sur le cahier #02 consacré à Faith, publié l’année suivante, l’auteur Frédéric Lemaitre prend le pouvoir pour raconter l’album dans un long récit agrémenté de textes annexes. Le troisième cahier consacré à Pornography, publié en 2026, est beaucoup plus épais. Quatre-vingt douze pages ne sont pas de trop pour raconter l’album, d’autant que celui-ci, considéré comme le meilleur du groupe, bénéficie déjà d’une abondante littérature, notamment le livre du musicologue Philippe Gonin publié en 2021.
L’initiative se doit d’être saluée. Chacun des cahiers revient en détail sur l’histoire du chef-d’œuvre concerné. Les auteurs proposent une riche synthèse des éléments connus et méconnus de la conception des morceaux, la réalisation du disque, les événements des concerts et plus globalement la trace laissée par le contenu.
Le succès du troisième cahier, consacré à Pornography, a donné aux éditeurs l’excellente idée de rééditer sous format papier les deux premiers cahiers épuisés. Ils sont disponibles sur la boutique en ligne du site Persona.
