“Cured: Two Imaginary Boys” est l’autobiographie de Lol Tolhurst, ami d’enfance et compagnon de route de Robert Smith au sein de The Cure, jusqu’à ce que l’alcool les sépare. Récit d’une chute et d’une rédemption.
Longtemps, Lol Tolhurst a été l’indéboulonnable membre d’un groupe dont les line-up étaient variables d’un album à l’autre, d’une tournée à l’autre. Membre fondateur de The Cure aux côtés de Robert Smith, celui-ci était son ami d’enfance et il le connaissait suffisamment pour éviter toute déconvenue quand les autres membres provoquaient tôt ou tard son irritabilité.
Désintégration
Passé de la batterie aux claviers, les limites musicales de Lol Tolhurst étaient connues de tous, mais il demeurait au sein du groupe. On en concluait que ses qualités étaient ailleurs et qu’il bénéficiait peut-être d’une protection spécifique du fait de son statut de membre fondateur ou d’ami d’enfance. Cependant, en avril 1989, alors que sortait l’album Disintegration, Smith avait annoncé qu’il avait écarté Tolhurst, révélant ses problèmes d’alcool, les tensions avec les autres membres et sa créativité en berne. Le membre permanent n’était tout simplement plus en capacité de suivre le groupe quand celui-ci abordait la tournée de son album emblématique.
Plus de vingt-cinq ans après ce douloureux épisode, l’ancien Cure publie un ouvrage dont le titre dit beaucoup : Cured: Two Imaginary Boys. Le jeu de mot Cured suggère qu’il a survécu à ses démons, notamment à l’addiction qui lui avait coûté sa place dans le groupe, tandis que Two Imaginary Boys, référence à l’album des débuts, annonce un récit centré sur sa relation complexe avec Robert Smith.
Dès les premières pages, l’auteur s’efforce de jouer la transparence avec le lecteur. Le livre ne sera pas un règlement de comptes, mais bien le récit d’une amitié soumise à l’épreuve du cirque rock’n’roll. L’histoire commence par la genèse du groupe à Crawley, la rencontre avec Robert Smith et le bassiste originel Michael Dempsey. Si tout semble s’enchaîner naturellement, des premières répétitions aux premiers concerts, Tolhurst l’explique par l’ennui profond de la petite ville anglaise et par l’irruption du mouvement punk, qui décomplexe les adolescents face à la musique.
L’alcool à défaut de considération
Très vite, Tolhurst confesse une singulière attirance pour l’alcool ainsi qu’une admiration pour Smith qui dépasse la simple amitié. Alors que sa propre vie, marquée par un père alcoolique, est placée sous le signe du désordre, celle de son camarade, issu d’une famille aisée laissant libre cours à une excentricité typiquement british, lui semble un modèle à suivre.
Le lecteur suit alors le batteur devenu claviériste dans l’histoire de The Cure et ses à-côtés : enregistrements, tournées et inévitables dérives. Tolhurst apprend la mort de sa mère durant la tournée de Faith et se raccroche au groupe pour ne pas s’effondrer de chagrin. Plus que jamais, The Cure devient sa famille, et l’on prend la mesure du déchirement qui sera le sien lorsqu’il en sera écarté.
Tolhurst insiste par ailleurs sur les phases de création et bat en brèche l’idée selon laquelle Smith dirigeait sans partage. Chacun des musiciens présents participe à l’élaboration des morceaux et à l’ambiance générale des albums, notamment ceux qui peuvent justifier d’une présence continue au sein du groupe.
Chute et rédemption
Seulement, la créativité de Tolhurst va s’essouffler au fil des années, au point de se dissoudre dans l’alcool et une sévère dépression. Sa présence au sein du groupe devient presque un poids mort, et Smith prend la décision de l’exclure à la fin des sessions d’enregistrement de Disintegration, dont il a eu l’outrecuidance de critiquer alors qu’il n’en avait jamais vraiment pris part. Le choc est brutal, mais il fait prendre conscience à l’intéressé combien il doit se reprendre et trouver une solution pour chasser ses démons. Il parvient à éloigner la boisson de son quotidien, avant de commettre l’erreur d’attaquer The Cure en justice pour obtenir on ne sait quelle réparation. Une période qui ne sera bénéfique à personne, et encore moins à Tolhurst, qui plonge derechef.
Rien n’épargne alors le malheureux : les difficultés financières, la perte d’un enfant, un mariage qui tourne en lambeaux, l’appel incessant de la dive bouteille… Puis un exil aux États-Unis pour fuir cette insupportable Angleterre et le chemoin de la rédemption : Tolhurst surmonte les épreuves et devient un homme nouveau, débarrassé de ses démons.
L’écriture du livre semble avoir fait partie du process. Tolhurst reconstruit sa vie et recolle les morceaux avec The Cure. Il réapparaît notamment sur scène avec le groupe, le temps d’un concert-événement à Sydney.
Paru en 2017, réédité et traduit en plusieurs langues, Cured: Two Imaginary Boys documente un peu plus l’histoire du groupe, à travers des anecdotes de l’intérieur. Mais il est surtout le récit du parcours d’un homme, de la chute à la rédemption, qui aura mis du temps à se respecter lui-même.

- “Cured: Two Imaginary Boys” de Lol Tolhurst, traduction française de David Gressot publiée en 2024 aux éditions Le mot et le reste. 432 pages, 148x209mm.
