Sonorités

Lyncelia joue la profondeur

« Depth Is Unreal, sixième album de Lyncelia sorti le 13 mars 2026, est celui d’un duo recentré sur l’essentiel, plus urgent et plus sûr de lui que jamais.

Six albums en seize ans, à raison d’un tous les trois ans environ : Lyncelia affiche une régularité qui en dit long sur le travail et l’exigence que s’impose le groupe. Le petit dernier Depth Is Unreal, sorti le 13 mars 2026, confirme cette discipline et s’inscrit dans la continuité d’une œuvre cohérente.

Envolée lyrique

Depuis Through The Venus Garden (2022), beaucoup de choses ont changé dans la formation. Le bassiste Jean-Claude a quitté le groupe, ramenant Lyncelia à un duo. Alexis, chanteur-guitariste et fondateur, reste le pivot central : il compose, joue la plupart des instruments et réalise les clips. Un artisan total, exigeant avec lui-même autant qu’avec son travail. À ses côtés, Isabelle n’est plus simplement une voix invitée. Elle est désormais une partenaire à part entière, et Depth Is Unreal le confirme titre après titre.

Le clip de Conceal, single d’ouverture, donne le ton : on y voit le duo, punchy, direct, les guitares en avant et la voix d’Isabelle qui s’envole haut. On retrouve le Lyncelia des concerts, celui qui sait tenir une scène. Le morceau est représentatif de l’une des deux humeurs de l’album, l’autre étant plus lente, mélancolique, presque suspendue.

Depth Is Unreal fonctionne en effet sur une alternance assez nette entre morceaux percutants (In The Screaming Thunder, The Blood Sweats Fear, Downfall) et des titres au tempo plus lent (The Stillness Of Sleep, Cleanse, Overriding Destiny, Depth Is Unreal). Le morceau Born quant à lui, tempo lent mais son massif, fait le pont entre les deux options.

Plus direct

Ce qui frappe à l’écoute, c’est moins la surprise que la solidité. Through The Venus Garden enchantait par ses ruptures et ses nouveautés : la place grandissante d’Isabelle, des morceaux plus lumineux, une certaine ouverture. Depth Is Unreal surprend moins, mais dégage une impression d’urgence et de maîtrise. Le groupe entre plus vite dans le vif du sujet. Il y a quelque chose de plus resserré dans les compositions. Lyncelia sait exactement où il va.

Le partage des voix est l’un des points forts de l’album. La voix grave et plaintive d’Alexis et la voix très aérienne d’Isabelle se complètent avec une efficacité naturelle. Ombre et lumière, tension et relâchement, le contraste entre les deux timbres est une force essentielle de chacun des morceaux. Depth Is Unreal ne marque pas de rupture sonore particulière. La différence se joue ailleurs, dans l’écriture plutôt que dans la production.

Le CD propose deux titres bonus enregistrés en live, Conceal et Downfall, qui méritent l’attention. Ces versions donnent une idée de ce que le groupe est capable de rendre sur scène, un argument de plus pour l’achat du CD. On n’écrira pas que Depth Is Unreal constitue une avancée décisive dans l’évolution musicale du groupe, mais plutôt la consolidation d’un style, la confirmation d’une base solide pour un avenir brillant.